Un samedi au CMJ

Déjà 9h ! Vite un petit café car la journée s’annonce chargée…comme tous les jours, pas de dérogation sous prétexte d’être enfin arrivée au week-end !
9h45 arrivée au dojo. Quelle sera la surprise du jour ? Le dojo sera-t-il envahi par une cohorte, non pas de légionnaires romains, mais de petits meldois venus découvrir une nouvelle activité sportive ?

Je pousse la porte, le dojo est calme, vide, silencieux, comme endormi… une odeur acre de transpiration saisit la gorge…il y a eu entrainement hier soir ! La salle semble immense ainsi, plongée dans une demi-pénombre… J’allume les lumières, le dojo prend vie, s’éveille doucement.
L’impression de solitude n’est que de courte durée car déjà arrivent les premiers courageux qui ont osés affronter le froid et quitter la douce chaleur de leur couette un samedi matin pour venir souffrir le martyr et découvrir que le corps humain comporte certes plus de 200 os mais également plus de 650 muscles et que certains, dans les heures et les jours à venir, seront quelque peu endoloris.

« Bonjour ! », « Ca va ? », « Ta semaine s’est bien passée ? », « Oh tu es un peu enrhumé, on dirait ! », « Oui chouette enfin le week-end ! »… le flot habituel des petites phrases, qui pour certains pourraient paraître anodines mais qui ici ne sont pas dites à la légère, mais avec sincérité car il règne dans ce petit groupe une réelle camaraderie.

La petite troupe enfin au complet, en tenues aussi variées que colorées, il est temps de commencer le cours. Un peu de marche sur les talons, sur les pointes, sur l’extérieur sans oublier l’intérieur du pied : les rires fusent car l’on assiste tantôt à un défilé de sosies d’Aldo Maccione, tantôt à celui d’une famille de manchots en exil.
Les articulations prêtes, les muscles échauffés il faut maintenant songer à les renforcer. C’est parti pour de longues minutes de souffrances. Il faut parfois serrer les dents pour ne pas craquer, mais les copains sont là, ils motivent, soutiennent, encouragent ! On sera tous beaux sur la plage cet été…à condition d’avoir un été ensoleillé.

Ouf ! 11h30, le plus dur est passé…le moment de la détente arrive. Récupération, relaxation, retour au calme…déjà midi l’heure de se quitter. Certains d’entre nous seront au dojo pour le reste de la journée, d’autres ne reviendront que le samedi suivant, même endroit, même heure, même plaisir.

Une course contre la montre commence : les petits de 3 ans arriveront vers 13h00 au dojo ce qui ne laisse qu’une petite heure pour déjeuner. Pas question d’avaler un sandwich et une pomme sur le coin du bureau. Nous avons établi notre cantine au restaurant japonais qui est à quelques mètres du dojo. Le petit groupe d’irréductibles gaulois… oups d’irréductibles samouraïs… se dirigent à grands pas (ils ne sont pas encore assez fatigués semble t’il ou bien sont-ils affamés à ce point là pour marcher si vite?) vers le buffet. Sushis, makis, yakitoris (promis je décoderai tout ça pour les non-initiés), poulet croustillant, nouilles sautées…tout est là pour remplir les estomacs criant famine. Certains seront plus raisonnables que d’autres et s’arrêteront juste avant la glace rhum-raisins. Non je ne donnerai pas le nom des gourmands, même sous la torture !

13h00, il est grand temps de quitter nos hôtes de l’Empire du Soleil Levant pour rejoindre le dojo. Déjà les petits sont là, tout de blanc vêtus, adorables petits lutins timides et un peu perdus dans leur judogi trop grand.  Une bonne odeur de café nous accueille : notre trésorière de choc, Sylvie, sourire accroché aux lèvres comme à son habitude, est déjà là.
Vite ! Il faut, pour certains enfiler le « pyjama » et se dépêcher de gagner le tatami car nos chères petites têtes blondes sont bien impatientes d’en découdre avec les cerceaux et structures mousse qui les attendent.
Fabrice rejoint Joël (François-Joël pour les puristes) et s’apprête à passer quelques heures de folie. Les cours s’enchaînent, les petits font place aux moyens, puis aux « grands »…
Les enfants travaillent, apprennent, s’amusent. Les parents sont là, fiers de leur bambin et des progrès qu’ils font.

Comme tous les samedis, des litres de breuvage chaud passent dans la cafetière et sourire aux lèvres nous allons l’offrir aux spectateurs assis bien sagement sur les bancs. Sagement ? Euh…pas tant que cela finalement. C’est vrai que « chez nous » ce n’est pas un dojo très silencieux. Les conversations vont bon train. Chaque semaine, on sent un vrai plaisir pour chacun à se retrouver. Au fil des semaines, des mois, des années pour certains, des liens se sont noués. Les « bonjour ! » polis ont fait place à des poignées de main franches et amicales, les  « tu » ont remplacé les « vous ». Il y a une vraie entraide, l’un accompagne les enfants de l’autre en compétition car l’autre ne peut pas se dégager de ses obligations professionnelles, l’autre en fera de même la prochaine fois…ou bien ils iront ensemble, ce sera plus « sympa », et pour les enfants ce seront d’autant plus d’encouragements criés du haut des gradins.

Pour nous le pari est gagné : les enfants sont heureux de faire du judo, les parents sont heureux d’accompagner leurs enfants. On n’est pas une « garderie », un lieu où l’on dépose les enfants pour « consommer » du sport comme l’on consommerait une pomme. Non ! On est un groupe, une famille, où chacun a sa place, tant qu’il souhaite en faire partie.

J’aime ces moments privilégiés où les enfants arrivent et viennent en courant nous dire bonjour. Un petit bisou, un petit coucou, il y a de la tendresse dans ces regards. Il y a du bonheur, du plaisir à être là, dans ces yeux pétillants de douce malice. Il y a la même tendresse, le même plaisir lorsqu’à la fin de l’entraînement, les joues rouges et brûlantes par l’effort, les cheveux mouillés de transpiration ils viennent nous dire « c’était bien ! »,  « t’as vu, j’ai bien travaillé !». Il y a tant de fierté dans ces regards enfantins, il y a simplement du bonheur… Oui, oui le bonheur existe !
Que dire des petits mots amicaux et chaleureux que nous distribuent les parents !Alors oui tenir un club ça prend du temps sur notre vie personnelle, oui on donne beaucoup, oui on court à droite et à gauche tout le temps, oui on passe des heures enfermés dans un dojo au milieu des odeurs mêlées de café, de transpiration, de chaussettes…mais l’on reçoit TANT (tiens ça me rappelle quelque chose ça !)
Et ces petits mots d’encouragement, ces « on se sent bien ici », « c’est vraiment chouette ce que vous faites pour les enfants », « surtout n’arrêtez jamais », « c’est comme une deuxième famille pour nous »…et bien tous ces petits mots nous vont droit au cœur, nous donnent envie de poursuivre, de trouver encore d’autres idées pour faire plaisir à chacun, pour se faire plaisir aussi.

Les enfants sont partis, les adultes ont maintenant gagné le tatami. L’ambiance n’est plus la même… mais le dojo n’est pas plus silencieux pour autant, simplement les rires, les conversations ne proviennent plus de l’extérieur, mais du tatami lui-même. Attention, on est studieux quand même !
Certains ne peuvent pas venir à l’entraînement du mercredi, alors le samedi ils sont heureux de retrouver les copains. L’échauffement est parfois dur, on souffre mais on s’accroche. Il y a toujours ces mêmes encouragements, ces « vas-y tu peux y arriver », « allez encore 1 mètre et tu es au bout », « ne lâche rien »…autant de motivation que d’amis sur le tapis.
Il y a les crises de fou-rire incontrôlables, les chutes sans gravité de certains qui se sont pris les pieds dans le tapis (oh le vilain jeu de mots !), ceux qui frôlent le mur en courant parce que l’idée saugrenue de nous faire perdre nos repères a traversé l’esprit du prof (qui rit déjà des conséquences de sa blague)…
Rapidement on passe au travail technique. Explications, démonstrations…la fierté et l’angoisse mélangées de servir de modèle, de partenaire au Sensei. On ne prend pas les choses à la légère. Chacun a retrouvé son sérieux et est attentif aux conseils dispensés.

Les duos se forment, par morphologie, par force, par amitié, par envie…les corps se déforment, se plient, se tordent, s’envolent et retombent dans un bruit mat et sec. Eh oui au judo on tombe, souvent…c’est bien là la difficulté…apprivoiser la chute, la maîtriser, en faire son amie. Et je vous garantis que ce n’est pas une évidence. Il faut aller chercher loin au fond de soi pour passer ce cap qui semble infranchissable. « Le tatami est mon ami, le tatami est mon ami ». On scande ce leitmotiv pour se rassurer.
Il faut aussi avoir confiance en son partenaire. Parce que le judo est un sport individuel oui, mais pas individualiste. On ne peut pratiquer sans un partenaire, on ne peut progresser sans un partenaire. Et chacun apprend de l’autre. Le débutant de la ceinture noire, la ceinture noire du débutant. L’un apprend la technique, l’autre la transmission du savoir…Entraide et Prospérité mutuelle.

Le judo c’est un sport oui, mais c’est avant tout un état d’esprit, une ligne de vie : amitié, courage, sincérité, honneur, modestie, respect, contrôle de soi, politesse…tout ce qui fait qu’un être humain devient un homme.

Vient ensuite le temps du randori, de la bagarre, du combat…toujours amical et respectueux. Visages rouges, traits tirés, souffles courts, fronts ruisselants de transpiration…les corps sont mis à mal, maltraités, labourés… C’est dur, ça fait mal, ça fait du bien pourtant. Il faut tenir le coup, ne pas abandonner, aller chercher encore plus loin en soi la force de lutter, de s’accrocher, de progresser. Fin du combat. Salut réglementaire et respectueux. Et toujours une tape amicale dans le dos, une poignée de main virile, un petit bisou claqué sur une joue humide (et oui le judo c’est aussi un sport féminin) à la fin du combat.

SOREMADE… délivrance pour certains, frustration pour d’autres…c’est la fin du cours. Quelques minutes pour retrouver un souffle presque normal, quelques étirements pour éviter des lendemains douloureux…

Certains passeront sous la douche avant de se donner rendez-vous la semaine prochaine, d’autres resteront une heure encore sur le tatami.
Des fous ? Des insatiables ?
Non ! Juste des futurs shodans…enfin l’espèrent-ils !

Parce que le judo c’est un travail permanent, une remise en question constante, une envie de progression. Etre shodan (1erDan) n’est pas l’aboutissement, c’est le début. Le début d’une ère nouvelle.  Pas l’ère du « je sais tout », mais celle d’un nouvel apprentissage, où il faudra encore se dépasser, aller encore plus loin intérieurement. Et surtout ne jamais oublier qu’on est aussi et avant tout des exemples pour les enfants qui regardent cette ceinture noire avec des paillettes dans les yeux.

20h00, les lumières s’éteignent une après l’autre…le dojo s’est vidé de ses judokas mais pas de son âme…
C’était un samedi ordinaire au CMJ…

Alexandra

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